Ce que tout parent devrait savoir sur les pesticides

Article rédigé par le Dr. Mikaël Reney19 juillet 2018 Catégories: Mangez mieux

L’utilisation des pesticides dans l’agriculture conventionnelle, mais aussi dans le résidentiel (jardin, plate-bande, pelouse, extermination, etc.), est monnaie courante depuis des décennies. Les pesticides font de plus en plus les manchettes. Des scientifiques de partout dans le monde s’inquiètent de leurs effets néfastes sur la santé humaine et l’environnement. En tant que parent, il est légitime de se questionner. Est-ce que l’exposition aux pesticides peut nuire au développement de mon enfant? Quels sont les effets des pesticides sur la santé de ma famille? Est-ce nuisible au fœtus? Comment réduire notre exposition aux pesticides? Découvrez toutes les réponses dans cet article.

Un pesticide est par définition une substance chimique visant à tuer les végétaux et les animaux indésirables. Il en existe plusieurs catégories : insecticides, herbicides, fongicides, etc. Les pesticides sont utilisés dans l’agriculture traditionnelle, mais aussi dans le désherbage des parcs et des trottoirs et même dans les jardins privés. Les terres, jardins et pelouses développent une forme de dépendance aux pesticides et il devient difficile de faire marche arrière.

Les risques pour la santé

Il est extrêmement difficile d’évaluer scientifiquement l’impact des pesticides sur la santé; il existe tellement de formes et de dosages possibles. Certaines études ont tout de même permis de démontrer des liens entre l’exposition aux pesticides et certains troubles de santé, particulièrement chez les travailleurs qui y sont fortement et chroniquement exposés (agriculteurs, épandeurs…). Les pesticides s’introduisent dans l’organisme humain par voie orale (ingestion), par voie topique (peau) ou par inhalation (poumons).

Une exposition aux pesticides de la catégorie des organophosphates cause des dommages subtils, mais durables, au cerveau et au système nerveux. Ils sont ciblés depuis le milieu des années 2000 pour leur risque potentiel sur la santé des enfants. Des études ont démontré une forte corrélation entre ces pesticides et le TDAH. D’autres chercheurs ont même établi qu’ils pouvaient réduire le quotient intellectuel chez les enfants plus exposés. Le président Obama avait banni un des pesticides (chlorpyrifos) parce qu’il est soupçonné de causer des troubles de comportement et des troubles de développement du cerveau chez les enfants. Malheureusement, ce bannissement a été annulé.

Certains pesticides sont des perturbateurs endocriniens qui peuvent influencer la fertilité et les processus de reproduction.

Les femmes enceintes, celles désirant le devenir ainsi que les enfants sont particulièrement vulnérables à une exposition aux pesticides. Un enfant mange plus de fruits et de légumes que l’adulte par rapport à son poids. De plus, son cerveau est en plein développement, ce qui le rend plus vulnérable aux dommages engendrés par les produits chimiques. Le fœtus est lui aussi plus à risque de subir des torts, c’est pourquoi la femme enceinte devrait se préoccuper de son exposition aux pesticides. Des liens ont été faits entre une exposition prénatale et des troubles de développement chez l’enfant.

Les travailleurs de l’industrie agricole sont quant à eux plus susceptibles de développer des problèmes respiratoires, des troubles de la mémoire, de la dépression, des cancers, la maladie de Parkinson et des problèmes de cerveau. Une proximité importante avec des pesticides peut entraîner une atteinte au foie, des problèmes du système nerveux, de l’hypersensibilité, etc.

Même si les recherches n’ont pas révélé hors de tout doute ces associations, les spécialistes de l’organisme Équiterre appellent à la prudence : des métabolites de pesticides se retrouvent dans l’urine de 97 % des enfants canadiens, une statistique qui fait peur.

Différents types de pesticides et leurs effets sur l’environnement et la santé

Il existe de nombreuses catégories de pesticides sur le marché. Les trois types suivants sont particulièrement utilisés au Québec.

  1. Les néonicotinoïdes sont des substances neurotoxiques qui paralysent le système nerveux des insectes. Leurs effets neurotoxiques se font aussi sentir chez l’humain; on parle de conséquences sur le cerveau, le système nerveux et le système hormonal. Il s’agit de l’insecticide le plus utilisé dans le monde. Au Québec, il est employé pour enrober les semences de maïs et de soya ainsi que pour la production des petits fruits. Depuis 2008, 99 % des semences de maïs-grain et 35 à 50 % des semences de soya sont enrobées. Parce qu’ils se retrouvent facilement dans les cours d’eau et qu’ils sont impliqués dans le déclin des colonies d’abeilles, les néonicotinoïdes mettent en péril tout le système agricole.
  2. L’atrazine est un herbicide de synthèse qui vise la destruction des mauvaises herbes dans le cadre de la production du maïs, du soya et du lin notamment. Interdit depuis 2004 par l’Union européenne, il demeure un des pesticides les plus utilisés au Québec et au Canada. L’atrazine est un perturbateur endocrinien qui peut réduire le poids et le périmètre crânien d’un nouveau-né dont la mère a été exposée. Ils contaminent facilement les cours d’eau et se retrouvent souvent dans l’eau potable.
  3. Les pyréthrinoïdes sont des insecticides neurotoxiques populaires pour leurs usages domestiques (les insecticides en vaporisateur contre les fourmis, araignées, moustiques…). Ils sont même présents dans les shampoings contre les poux. Longtemps perçus comme inoffensifs, on réalise aujourd’hui qu’ils peuvent engendrer des problèmes respiratoires et de développement chez les nouveau-nés et les jeunes enfants. Ils pourraient nuire à la fertilité et sont potentiellement cancérigènes.

Nos astuces pour réduire l’exposition aux pesticides

À la lumière de ces informations, vous êtes en droit de vous demander comment il est possible de réduire l’exposition de votre famille aux différents pesticides. Voici donc nos 3 meilleures recommandations.

  1. Adopter une alimentation biologique. Il est vrai que les aliments biologiques sont plus chers; ils demandent plus de temps et plus d’amour à produire. Mais ils ont de nombreux avantages : meilleur goût, plus haute valeur nutritive, impact plus positif sur l’environnement, commerce équitable, respect des animaux, sans OGM, sans agents de conservation ou colorants synthétiques, sans irradiation, sans hormones de croissance et bien sûr ils sont sans pesticides chimiques de synthèse.$$$ : Si votre budget vous le permet, faites le virage bio à 100 %. De nombreuses épiceries biologiques ouvrent leurs portes partout dans la province. Grâce à leur volume d’achat plus élevé, les produits sont plus abordables que jamais. Profitez des marchés publics, des paniers bios ou rendez-vous directement à la ferme si c’est possible. Privilégiez les produits frais et locaux.$$ : Faites soigneusement la sélection de vos produits biologiques. L’Environmental Working Group (EWG) dresse chaque année la liste des fruits et légumes les plus et les moins contaminés par les pesticides (les clean fifteen et la dirty dozen).L’EWG a détecté plus de 7,8 pesticides différents sur chacun des échantillons de fraises conventionnelles testés, ce qui représente 4 fois plus que les autres fruits. La fraise est le fruit préféré de 53 % des enfants américains de 7 à 9 ans et plus de 94 % des familles américaines en consomment chaque semaine. Des statistiques qui doivent être très semblables au Canada. Certains pesticides retrouvés sur les pommes et les poires en provenance des États-Unis sont bannis en Europe.Privilégiez les versions biologiques des petits fruits, des pommes, des poires, des pêches, des raisins, des épinards et des nectarines, par exemple. Vous pouvez choisir la version conventionnelle des ananas, des choux, des papayes, des asperges, des mangues, des aubergines et des choux-fleurs.

    Surveillez les spéciaux et adhérez à un organisme d’achat groupé comme Nous-Rire. Durant la belle saison, faites les marchés publics ou prenez un abonnement à un panier de légumes (www.fermierdefamille.com).

    $ : Faites votre propre potager ou participez à un jardin communautaire. Même si les études rapportent qu’il subsiste toujours des pesticides après, lavez abondamment vos fruits et légumes. Le lavage à l’eau chaude et le frottement présentent une meilleure efficacité. Le vinaigre de cidre et l’huile essentielle de citron peuvent vous faciliter la tâche en enlevant les couches de cire et les résidus.

  2. Éviter les pesticides résidentiels. Réduisez votre utilisation de pesticides domestiques dans la maison, mais aussi pour vos plates-bandes et vos pelouses. Consultez le guide des solutions alternatives du gouvernement du Québec : //www.mddep.gouv.qc.ca/pesticides/jardiner/optez.htm.
  3. Filtrer son eau. Il est possible que votre eau potable contienne des pesticides et des herbicides, particulièrement si vous demeurez en milieu agricole. Les filtres à charbon actif réduisent la présence des pesticides et sont la solution la plus économique. Les filtres à osmose inversée sont plus performants, mais demandent un plus grand investissement et davantage d’entretien. Les pesticides présents dans l’eau potable ne représentent pas la source principale d’exposition, il est plus efficace de réduire les pesticides que l’on ingère par les fruits et les légumes.
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